
Tatouages et onsen au Japon
Photo: Aspere / CC0 / Wikimedia Commons
Pourquoi certains bains refusent les tatouages, ce que dit vraiment la loi, et les trois façons d'entrer dans l'eau quand on est tatoué.
Dogo Onsen HonkanAllowedPhoto: z tanuki / CC BY 3.0 / Wikimedia Commons
Takegawara Onsen (Beppu)AllowedPhoto: 大分帰省中 / CC BY 3.0 / Wikimedia Commons
Sainokawara Open-Air Bath (Kusatsu Onsen)AllowedPhoto: くろふね / CC BY 3.0 / Wikimedia Commons
Mis à jour le ·Cette page en anglais
Si vous êtes tatoué, vous verrez que certains bains au Japon vous refusent et que d’autres ne s’en soucient pas du tout. La règle n’est ni nationale ni inscrite dans la loi : chaque établissement fixe la sienne. Cette page explique d’où vient cette pratique, ce que le gouvernement en a réellement dit, et les trois façons concrètes d’entrer dans l’eau.
L'essentiel
- Aucune loi n'interdit les tatouages. Le refus est une règle propre à chaque établissement (réponse du gouvernement, 2017).
- Trois façons d'entrer : choisir un bain qui les accepte, les couvrir, ou prendre un bain privé.
- Un panneau poli reste un refus. En cas de doute, demandez avant d'y aller en précisant la taille du tatouage.
Aucune loi n’interdit les tatouages dans les bains
La loi sur les bains publics (公衆浴場法) oblige les exploitants à refuser l’entrée aux personnes atteintes d’une maladie contagieuse et interdit de souiller l’eau ou de mettre en danger la santé publique. Elle ne mentionne pas les tatouages.
En février 2017, un député a demandé directement au gouvernement si le seul fait d’avoir un tatouage faisait de quelqu’un une personne atteinte d’une maladie contagieuse (article 4), ou si son bain constituait un acte qui souille l’eau (article 5). La réponse écrite du gouvernement :
Réponse du gouvernement, 21 février 2017
« Il est difficile de considérer qu'une personne relève de [la disposition sur les maladies contagieuses], ou que son bain relève de [l'acte interdit], au seul motif qu'elle a un tatouage. »
Un refus est donc une décision commerciale de l’établissement, pas une obligation légale. Cela veut aussi dire qu’argumenter sur la loi à l’accueil ne servira à rien : le personnel applique un règlement intérieur qu’il a le droit d’avoir.
Pourquoi ce règlement existe
Les consignes de l’Agence japonaise du tourisme destinées aux ryokan sont très claires : les réponses « varient beaucoup d’un ryokan à l’autre », le bain a été restreint historiquement à cause de l’association entre tatouages et crime organisé, et la compréhension envers les tatouages des visiteurs évolue.
Deux conséquences.
La règle a été pensée contre le crime organisé japonais, pas contre les touristes. Les établissements qui l’appliquent encore ne portent généralement pas de jugement sur vous personnellement.
Et comme il s’agit d’un règlement intérieur et non d’une loi, l’établissement peut le changer. Certains l’ont déjà fait. Kinohana no Yu, à Gotemba, a par exemple annoncé qu’à partir du 1er avril 2025 il supprimait toute restriction liée aux tatouages, en raison de l’augmentation des clients étrangers — tout en continuant de refuser les membres du crime organisé.
Le refus est-il fréquent ?
Les chiffres les plus cités viennent d’une enquête de l’Agence japonaise du tourisme auprès des établissements de bain, publiée en 2015 :
| Réponse de l’établissement aux personnes tatouées | Part |
|---|---|
| Refusent | environ 56 % |
| Ne refusent pas | environ 31 % |
| Acceptent sous conditions (par ex. tatouage couvert par un autocollant) | environ 13 % |
Ces chiffres sont à prendre comme historiques. L'enquête date de 2015 et la page de l'Agence du tourisme qui la publiait n'est plus en ligne : les chiffres ci-dessus viennent des articles de presse de l'époque, pas du document original. Aucune enquête nationale comparable n'a été publiée depuis. Vu le nombre d'établissements qui ont changé leurs règles, la part des refus est probablement plus faible aujourd'hui — mais personne ne l'a mesurée.
Les trois façons d’entrer
1. Choisir un établissement qui accepte les tatouages
C’est la voie la plus sûre, et la raison d’être de ce site. Ce qui compte, c’est qui dit que l’établissement accepte les tatouages. Une liste tierce qui annonce « tatouages OK » vaut moins que l’établissement qui le dit lui-même sur son site : les listes vieillissent et sont rarement revérifiées.
Pour chaque onsen, ce site indique de quel cas il s’agit, et la date de la dernière vérification.
À Kinosaki, l’office du tourisme indique que tous les bains publics acceptent les tatouages, quelle que soit leur taille, sans les couvrir (photo : Ichi no Yu).Photo: Miya.m / CC BY-SA 3.0 / Wikimedia Commons
2. Couvrir le tatouage
Parmi les mesures suggérées par l’Agence du tourisme aux établissements : couvrir le tatouage avec un autocollant ou autre, ajuster les horaires de bain, et orienter vers un bain privé. Les autocollants de couverture (en japonais タトゥーシール ou 入れ墨シール) se vendent en pharmacie et en ligne.
Cela ne marche que si le tatouage peut être entièrement couvert : réaliste pour un tatouage de la taille d’un poignet, pas pour une manche ou un dos. Certains établissements exigent leur propre produit, d’autres en vendent ou en prêtent, d’autres refusent même un tatouage couvert. Les règles de chaque bain sont comparées dans Autocollants pour couvrir les tatouages.
Exemple de bain « accepté si couvert » : Mori no Yu, à Hakone Kowakien Yunessun, à condition de couvrir entièrement le tatouage avec deux autocollants payants du bain.Photo: Kounoichi / CC BY-SA 4.0 / Wikimedia Commons
3. Prendre un bain privé
Un 貸切風呂 (kashikiri-buro, bain que l’on réserve pour soi) ou une chambre avec son propre bain règle la question, puisqu’aucun autre client n’est dans l’eau avec vous. L’Agence du tourisme le cite parmi les mesures habituelles, et beaucoup de ryokan qui refusent les tatouages dans le grand bain commun acceptent qu’on réserve un bain privé.
C’est plus cher qu’une entrée à la journée, mais c’est souvent la solution qui reste quand les deux autres ne marchent pas. Les bains qui acceptent officiellement les tatouages en bain privé sont listés dans Onsen privés pour les personnes tatouées.
Hyotan Onsen, à Beppu, figure sur la liste municipale des bains qui accueillent les personnes tatouées, et propose aussi des bains privés.Photo: Jordi Sanchez Teruel from Seúl, South Korea / CC BY-SA 2.0 / Wikimedia Commons
Tous les bains ne sont pas de la même catégorie
La loi japonaise distingue les 一般公衆浴場 — les sento de quartier, considérés comme une nécessité d’hygiène pour les habitants et dont le prix est plafonné — des « autres bains publics » comme les super sento, les spas et les complexes de loisirs. Les auberges thermales relèvent, elles, de la législation hôtelière.
Ce sont des commerces différents, avec des clients différents, et leurs règles sur les tatouages sont fixées indépendamment. Si un grand complexe de loisirs vous refuse, un petit sento de quartier à côté est une autre question, qui vaut la peine d’être posée. Ne supposez rien dans un sens ou dans l’autre.
Demander avant d’y aller
Appeler à l’avance est normal et n’a rien d’impoli. L’accueil a l’habitude de la question.
| Français | Japonais | Prononciation approximative |
|---|---|---|
| J’ai un tatouage. Puis-je utiliser le bain ? | タトゥーがあるのですが、入浴できますか? | Tatoo ga aru no desu ga, nyūyoku dekimasu ka? |
| Puis-je me baigner si je le couvre avec un autocollant ? | シールで隠せば入れますか? | Shīru de kakuseba hairemasu ka? |
| Avez-vous un bain privé ? | 貸切風呂はありますか? | Kashikiri-buro wa arimasu ka? |
| Il fait à peu près cette taille. | このくらいの大きさです。 | Kono kurai no ōkisa desu. |
Si votre japonais s’arrête là, la dernière phrase et une photo sur votre téléphone règlent l’essentiel. Parler de la taille tôt évite un déplacement inutile : un établissement qui dit « seulement couvert » demande en réalité si le tatouage est assez petit pour être couvert.
Les panneaux que vous verrez
Les règles sont généralement affichées à l’entrée, près des casiers à chaussures ou à la porte des vestiaires — en japonais seulement. Voici ceux qui décident si vous entrez.
| Panneau | Lecture | Sens |
|---|---|---|
| 入れ墨お断り | irezumi okotowari | Tatouages refusés |
| タトゥーお断り | tattoo okotowari | Tatouages refusés |
| 刺青の方はご遠慮ください | shisei no kata wa go-enryo kudasai | Formulation plus polie, même résultat : vous serez refusé |
| タトゥー可 | tattoo ka | Tatouages acceptés |
| シールで隠せば可 | shīru de kakuseba ka | Accepté si couvert par un autocollant |
| 貸切風呂 | kashikiri-buro | Bain privé à réserver |
| 家族風呂 | kazoku-buro | « Bain familial » — privé aussi |
| 日帰り入浴 | higaeri nyūyoku | Bain à la journée, sans nuitée |
| 男湯 / 女湯 | otoko-yu / onna-yu | Bain des hommes / bain des femmes |
| 混浴 | kon’yoku | Bain mixte |
| 本日休業 | honjitsu kyūgyō | Fermé aujourd’hui |
Ne voyez pas dans la formulation polie une marge de négociation. 「ご遠慮ください」 est plus doux que 「お断り」, mais les deux veulent dire non.
Autre chose à reconnaître : beaucoup de panneaux refusent aussi les 暴力団関係者 (bōryokudan kankeisha, membres du crime organisé). Les établissements qui ont abandonné leur règle sur les tatouages gardent souvent cette ligne — c’est exactement ce qu’a fait Kinohana no Yu. Un panneau qui ne mentionne que les 暴力団関係者, sans parler de tatouages, ne vous refuse pas.
Sources officielles
- Réponse écrite du gouvernement n° 69, 193e session de la Diète, 21 février 2017 — un tatouage seul relève-t-il de la loi sur les bains publics ?
- Agence japonaise du tourisme, Q&R ryokan — Q2, sur les tatouages et le grand bain commun
- Kinohana no Yu, Gotemba — annonce du changement de règle — exemple d’établissement qui a levé sa restriction, à partir du 1er avril 2025
Les chiffres de l’enquête de 2015 viennent d’articles de presse sur une enquête de l’Agence japonaise du tourisme dont la page originale n’est plus en ligne. C’est pourquoi ils sont présentés plus haut comme historiques.
La version française est nouvelle et ne couvre encore que les guides principaux. Les fiches des bains sont en anglais.